Expressions Artistiques et Culturelles

ATELIER

Vingt-cinq janvier deux mille vingt et un ; huit heures cinquante ; Green Campus Park.

On s’installe autour de la table blanche, on se regarde et on s’étudie… « Pourquoi es-tu là, toi ? » lit-on dans les regards. Une question-écrin, renfermant les perles de notre histoire, celles qu’on n’a pas tous envie de dévoiler.

Mehdi, notre chef d’orchestre de la journée, après s’être présenté, nous demande de parler, chacun à notre tour, de nous-mêmes. Pour moi, comédienne en devenir, c’est un plaisir — j’aime les regards-projecteurs. Pour certains, c’est le parcours du combattant. Regard fuyant, voix qui se bloque, mains qui trifouillent le cahier… Trente secondes où on devient à tour de rôle le soleil de notre système solaire à nous, celui de notre atelier théâtre ; car ça y est, on est lancé, l’écrin est déverrouillé.

Faisant appel à nos chers Bic, Mehdi nous invite à écrire un texte, sur n’importe quel sujet, pendant sept minutes, sans aucune interruption. Là, je fronce les sourcils. « Sans interruption ? » Moi qui adore composer mes textes, me voilà bien en mal. Le chrono est lancé. Je parle du covid, j’écris avec amertume, mon encre noire se transmute en colère noire ; le gong sonne, je relis ma feuille, je suis interloquée. « Ah, c’est moi, ça ?… »

Chacun range son petit papier dans son sac, chacun souffle : la perle est préservée, on n’a pas encore à la dévoiler.

Cependant, Mehdi ne s’arrête pas là : le voilà qui nous lance dans un travail d’écriture collective. Nous recevons tous une feuille de papier où est écrite en haut de page une question ; à partir de celle-ci, chacun note quelques mots et fait passer la feuille à son voisin. De plume en plume, tout le monde écrit sur chaque papier ; ou presque… Ludo, lui, n’a pas pu répondre à une question. « J’ai pas envie d’me mettre en danger », répond-il.

L’exercice, pourtant, n’est pas terminé : Mehdi nous propose de nous lever, de nous mettre à tour de rôle devant tout le monde, et de lire notre feuille. Quand c’est le moment de passer, silence radio ; et, malgré tout, petit à petit, chacun se lance, chacun se lève, chacun bafouille, chacun bredouille, chacun stresse, chacun tremble, chacun souffle ; chacun parle — chacun réussit.

Quelques croque-monsieur, feuilles de salade et mousses au chocolat plus tard, nous voilà repartis, dans des exercices plus corporels cette fois : on s’étire, on tire la langue, on se masse, bref, on détend ces corps crispés par la gêne et le stress. On rit aussi, on rit beaucoup ; on finit par les ouvrir un peu, ces écrins qu’on voulait garder précieusement fermés. On se rassied, on se sourit, et Mehdi nous met sur les rails de notre dernière ligne droite.

Ecrivant au tableau des débuts de phrases comme : « j’ai peur de »… « je rêve de »… « j’aime »…, il nous invite à terminer ces fragments avec nos propres réponses. Chacun viendra lire son écrit devant tout le monde, comme tout à l’heure, sauf que, cette fois, Mehdi nous proposera, en plus, ce qu’il appelle un « défi »…

Un défi. Kaboum. Eclair de stress dans la salle.

Leïla est la première à se lancer. Elle lit son papier une première fois, le sourire aux lèvres, plutôt confiante ; Mehdi l’a remarqué. Il lui lance son fameux défi : relire le texte mais, cette fois, en étant en colère, comme si on était tous des enfants intenables et qu’elle était notre mère exaspérée. Leïla a du mal. Elle n’ose pas, n’aime pas crier dit-elle, et continue de sourire. Plongée dans mon personnage de mioche, je l’insulte pour tenter de la provoquer ; Leïla attrape ma main, et plonge. Elle se met à crier, à taper du pied, à nous menacer avec ses inflexions de voie déroutantes. L’écrin est ouvert, la perle est dévoilée. Et elle est belle, très belle, cette perle. A la fin, on est tous estomaqués.

Puis… Mounia la colonelle hystérique, Ludovic l’homme politique convainquant, Charles le colon extraterrestre, tous se succèdent pour nous livrer des performances plus extras les unes que les autres. Je suis étonnamment étonnée : comment ont-ils fait pour être aussi magnifiquement déchaînés ?

L’heure de fin sonne, il est temps de partir. On se félicite, on se dit tous au revoir, on éteint la lumière de la pièce et on s’en va. Avec, en nous, cette nouvelle lumière : celle des ateliers théâtre.

Jeanne Roland, volontaire en service civique

Et pendant ce temps-là, à distance…

Depuis le mois de décembre, une partie des ateliers de théâtre du programme Valoriser Son Image professionnelle se déroulent en distanciel. En effet, il a fallu nous adapter au contexte sanitaire pour pouvoir maintenir cette activité. Construit en lien avec les comédiens et comédiennes, l’atelier théâtre par visio-conférence (Zoom) d’une journée est un format expérimental et temporaire. Il permet de maintenir cette journée pour des publics et des lieux qui n’y auraient autrement plus accès.

Le programme Valoriser Son Image professionnelle, dans le Rhône et la Loire, est mis en place par Pôle Emploi, avec les organismes de formation Projexia, IFPA, France Loire Formation et ELLIPS.

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